Depuis quelques temps on ne parle plus que du nuage, non cela n’a rien à voiravec la météo, il ne s’agit plus du nuage de cendres issu du volcan islandais mais d’unnuage informatique cette fois‐ci. Un nouveau concept qui fait couler beaucoup d’encrepour plusieurs raisons. Tout d’abord, il offre de nombreuses perspectives économiques,notamment pour les gros volatiles comme Amazon. Dés 2009 on clamait déjà lefranchissement de la barre des 50 milliards de dollars et en 2013 on devrait tournerautour des 150 milliards, d’après le cabinet Gartner. De grosses sommes en somme maisde quoi est‐il question au fait ?

Le terme, Cloud computing, désigne l’idée de déporter tous les procédés destockage et de calcul de nos appareils informatiques – afin que les applications softwareet les données ne soient plus conservées dans la machine de l’utilisateur ‐ vers de grandsserveurs mutualisés qui ne sont pas clairement identifiés, d’où cette évocationvaporeuse d’un internet désormais dans les nuages. Loin de plonger tout le monde dansun rêve idyllique, le concept fait l’objet de nombreux débats. Comme celui concernantl’enjeu de l’empreinte carbone des data centers. Y aurait‐il, comme aime à le prouverGreenpeace, une dualité destructrice dans les technologies ? En même temps qu’ellescontribuent grandement au progrès, elles prennent tout autant part à la destruction dumonde qu’elles cherchent à améliorer.
Ainsi, dans son dernier rapport traditionnel sur l’impact écologique des nouvelles technologies Greenpeace montre du doigt le Cloud computing. La consommation électrique des centres de données est jugée trop élevée : l’ONG, chiffres à l’appui, soutient même que dans une dizaine d’années la consommation d’énergie qu’implique le Cloud computing sera égale à la consommation de l’Allemagne, du Brésil, du Canada et de la France réunis. De quoi refroidir les geeks les plus optimistes.
Pourtant, certains soutiennent le contraire : le Cloud computing, selon une étudeMicrosoft menée avec Accenture et WSP Environment & Energy, serait bénéfique pourl’environnement. En effet, l’étude affirme que les entreprises qui font le choix du Cloudcomputing réduisent d’au moins 30% leur consommation d’énergie et donc leurémission de dioxyde de carbone. Pour obtenir ce résultat, le communiqué de presse deMicrosoft explique que l’enquête s’est appuyée sur la méthodologie standardisée deGlobal eSustainability Initiative (GeSI) dont Microsoft est membre, tout comme d’autresnombreux industriels de l’univers des télécommunications. Notons que la WWFparticipe également au GeSI comme membre associé. Donc, l’énergie utilisée et lesémissions carboniques ont été mesurées à la fois pour des tâches informatiquesréalisées sur une infrastructure locale et dans le Cloud. “Les résultats suggèrent que pourdes applications aussi généralisées et communes que l’email,le partage de contenus ou lagestion de la relation avec le client, le Cloud peut permettre une réduction significative desémissions de carbone”. Toujours selon les résultats de l’enquête, l’avantage du Cloudcomputing est plus marqué pour les petites structures. Quand une petite ou moyenneentreprise décide d’évoluer vers le Cloud computing la réduction effective del’empreinte de carbone pourrait atteindre 90%.
Un chiffre plutôt encourageant mais insuffisant au regard des sourcesénergétiques utilisées par les compagnies telles que Facebook dont le centreinformatique basé dans l’Oregon est principalement alimenté par une centrale à charbonqui, s’insurge Greenpeace, est la plus grande source de gaz à effet de serre des EtatsUnis ! L’ONG pousse donc les acteurs du secteur à opter le plus possible pour desénergies renouvelables et certains ont déjà, contrairement à Facebook, saisi l’enjeu de laproblématique.
Ainsi, Yahoo a recours à une centrale hydro‐électrique et à un refroidissement auvent pour ses machines. Google suit la même piste avec l’installation d’éoliennes etl’engagement de revendre à l’Etat américain le surplus d’électricité. De même, le boninternaute est désormais celui qui fait en sorte que l’énergie nécessaire pour naviguersur le net ne provienne pas d’une source trop polluante, c’est‐à‐dire qu’il est censéchoisir ses hébergeurs en fonction de leurs engagements pris à l’égard de la planète.
Allier énergies renouvelables et Cloud computing serrait alors un cocktailgagnant. Un enthousiasme qu’il faut toutefois modérer au regard de la lente adoptiond’énergies renouvelables comme première source énergétique : ces dernières restenttoujours plus couteuses que le charbon ou le nucléaire, une différence de prix qui enfreine plus d’un. Or, à l’heure actuelle, la consommation des data centers serait d’aumoins 330 millions de kilowatt par heure. Une consommation qui pourrait facilementdépasser le milliard d’ici 2020 si l’informatique dans les nuages tend à se développer,sans oublier l’essor d’internet dans des pays très peuplés tels que la Chine et l’Inde.
Dépassant la question écologique, d’autres problématiques sont intimement liées au Cloud computing et doivent encore trouver des réponses convaincantes.
Il est certain que le Cloud computing révolutionne internet en permettantl’utilisation d’appareils de plus en plus petits et performants : il est la clé de la mobilité.Mais qui dit mobilité dit volatilité, car le Cloud computing se traduit bien par une pertede maîtrise des données, vos données pouvant être stockées aux Etats‐Unis aujourd’huiet à Shanghai cette nuit. Difficile dans ce cas de localiser précisément ses fichiers. Et nementionnons même pas la complexité du problème lors qu’il s’agit d’entreprises quisous‐traitent l’hébergement des données de leurs membres. En déplaçant ses données àl’extérieur l’utilisateur, entreprise ou particulier, se confronte donc à de nombreux risques, surtout concernant les données les plus personnelles, sensibles. Outre la possibilité de perte pure et simple, les discontinuités du service mais également la divulgation de données – confidentielles ou non d’ailleurs – l’informatique dans les nuages appelle à une remise à niveau des législations et une redéfinition du paradigme du droit d’auteur et du copyright. D’autant plus qu’il n’est pas impossible d’imaginer une attaque informatique contre un data center, un piratage de données ou un quelconque événement de ce type : il est fort à parier que les hackers vont reprendre du service.
Le Cloud est alors une source de données éparpillées à laquelle tout le mondepeut avoir accès, au final les données circulent librement sur la toile devenue un vasteciel de navigation. Le nuage représente ainsi un défi législatif. En France, la CNIL,garante de l’application de la loi « Informatique et Libertés » adoptée en 1978 etmodifiée pour la dernière fois en 2004, se doit de mettre à jour cette dernière. Ilconvient de vérifier que les données personnelles sont toujours protégées, quelque soitla technologie adoptée pour les conserver. A cet égard, on ne peut manquer de noterl’initiative de deux sénateurs français, M. Yves Détraigne et Mme Anne‐Marie Escoffier,dont le rapport sur la « vie privée à l’heure des mémoires numériques » a donné lieu àun projet de loi adopté en première lecture par le Sénat, le 23 mars 2010, etactuellement étudié par l’Assemblée nationale.
Enfin, le rapport à la possession et à la propriété se trouve modifié avec la mise en place du Cloud computing, puisque ce dernier nous invite à manipuler dans le futur que des objets digitalisés, stockés et activés à distance. Le Cloud constituera alors une masse extraordinaire de données immatérielles facilement accessibles. Toutefois, ces données ne seront plus perçues comme des biens culturels appartenant à un auteur distinct : la propriété intellectuelle s’en trouve bouleversée. A terme, il y a de fortes chances que nous aboutissions, en tissant des connexions entre les données, à une unique base de connaissances du savoir humain où chaque fragment de donnée est une gouttelette d’eau du vaste nuage. Cependant, le droit d’auteur, vous l’aurez deviné, est un obstacle sur le chemin de ce cumulus du savoir. Une fois de plus, la notion de licence globale apparaît comme la solution idéale pour se débarrasser de cette entrave. Alors seulement il sera possible de parler de société numérique où la onnaissance pleuvra sur tous.
Au‐delà encore de tous les points traités dans cet article, concluons sur la pensée de Kevin Kelly ‐ icône de la cyberculture – qui voit dans le Cloud computing l’émergence d’un super organisme : un être collectif qui fonctionnerait un peu comme une fourmilière géante et qu’il appelle la « Machine Unique ». Ce méga ordinateur, résultat de tous les processeurs en communication, serait le nuage de tous les nuages, une sorte de chef suprême du Cloud dont on aurait encore du mal à définir et maîtriser les contours. Réalité, hypothèse scientifique ou vieux mythe de la toile ? Cela reste un nuage à percer.







